Colloque Culture martiale

Les 10 et 11 octobre 2019, Georges Favraud a organisé à l’Université de Toulouse Jean Jaurès, des rencontres académiques sur

Culture martiale chinoise
Exorcisme, corps, réinventions

Une première en France sur ce sujet ! Des chercheurs spécialisés en histoire et en anthropologie de la Chine, ainsi que des chercheurs – praticiens sont venus de Paris, Berlin, Dordogne, Marseille et Bruxelles pour partager leurs travaux. Les collègues toulousains et les étudiants de Licence 3 et de Master ont été au rendez-vous. Nous les en remercions vivement, ainsi que Ji Zhe pour sa magnifique calligraphie du caractère Wu – « Martial ».

Le martial, l’exorcisme et la guérison

Une première session, animée par Corinne Bonnet (PLH Erasme), a notamment été consacrée au contexte social et culturel d’origine des pratiques, montrant que les arts martiaux sont indissociables de conceptions religieuses et cosmologiques. Le champ du martial est donc bien loin de se limiter aux pratiques militaires et de combat. 

L’étude des statues de dieux martiaux, exorcistes et terribles, menée par Alain Arrault (EFEO), nous apporte des informations précieuses sur la manière dont les chinois mettent en images les puissances vitales et morbides liées à la martialité.

La manière dont les arts martiaux interviennent aujourd’hui encore dans les processions exorcistes, initiatiques et territoriales de Taiwan a été traité par Fiorella Allio (IrAsia) nous décale des contextes de pratiques auxquels nous avons plus facilement accès, tels les gymnases, les salles de méditation et les parcs urbains. Les logiques d’instauration d’un centre et d’expulsion des calamités vers la périphérie se retrouvent dans des pratiques rituelles et sociales, mais aussi dans la médecine.

Catherine Despeux (Inalco) nous a en effet montré que de nombreuses conceptions martiales sont à l’origine de la médecine chinoise et comment l’aiguille d’acupuncture peut être considérée comme une arme utilisée pour capturer et chasser des esprits ou des souffles pathogènes (xie).

Pratiques martiales et changements sociaux

Lors de la seconde session, animée par Nicolas Adell (LISST-CAS), des chercheurs qui sont aussi des pratiquants expérimentés se sont plus particulièrement intéressés aux réinventions des pratiques martiales au cours du XXe siècle.

Georges Favraud (LISST-CAS et Corps & Dao) a présenté le portrait biographique de son propre maître d’arts martiaux taoïstes. Un parcours de vie, entre pratiques martiales, voyages initiatiques et intégration à de multiples institutions locales et nationales, traditionnelles et modernes dans la Chine des années 1970 à 2010. L’élaboration de son art martial et de longue vie, de type hunyuan, apparaît comme indissociable de ses choix de vie et de ses relations sociales.

Laurent Chircop-Reyes (IrAsia) est quant à lui revenu sur l’histoire du xingyiquan, la boxe de la forme et de l’esprit qui s’est notamment développée dans le milieu des maîtres-escortes, qui protégeaient les marchands du Shanxi sur les routes commerciales de la Chine du Nord au XIXe siècle. Avec la modernisation et l’urbanisation, ces pratiques qui mobilisaient au départ la férocité animale ont développé leur versant thérapeutique et spirituel.

Eric Caulier (CoSoCo et Ecole de Taiji quan) a quant à lui insisté sur l’aspect vivant et innovant des traditions martiales. Au début du XXe siècle, Sun Lutang a synthétisé plusieurs savoirs incorporés anciens et en a ouvert la transmission en milieu urbain et à des femmes. Chercheur-praticien, Eric Caulier contribue avec d’autres à l’élaboration de nouveaux paradigmes (ergonomie, tenségrité, énaction, tiers-inclus, flow experience).

Représentations martiales.
Entre agir et imaginaire

L’histoire de l’art et la patrimonialisation ont été au cœur du dernier après-midi d’échanges, animé par Adeline Grand-Clément (PLH Erasme). Les techniques martiales renvoient à de nombreuses images qui guident l’action et qui sont véhiculées par de multiples manières dans la société chinoise.

Les gravures du Roi-Singe Sun Wukong, héro du célèbre roman Le voyage vers l’Ouest, mais qui est aussi une divinité martiale dans la culture populaire chinoise, ont été étudiées par Sophie Duhem (Framespa). Son histoire et ses postures entretiennent des liens étroits avec les techniques de boxe du singe, que l’on retrouve y compris dans des manuels militaires comme celui de Qi Jiguang (XVIe siècle).

Ji Zhe (Inalco) s’est intéressé en sociologue à des chinois d’aujourd’hui qui collectionnent des épées anciennes. Entre passion pour la culture martiale, nostalgie identitaire et commerce, il montre la diversité de leurs motivations et leurs multiples stratégies pour développer leurs domaine d’activité.

Les discussions finales ont pointé toute l’originalité et l’intérêt de ces premiers échanges académiques spécifiquement dédiés à la martialité chinoise. De nouvelles rencontres sont en cours d’organisation, dans l’optique d’avancer vers une publication de ces recherches !

Nous tenons à remercier pour l’organisation : Elodie Larive, Dominique Deligny, Vanessa Teilhet et Sophie Duhem.

Crédit photos : Elodie Larive
Calligraphie « Wu – Martial » : Ji Zhe

Calligraphie Wu

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