Pédagogie et potentiel de la pratique

En introduisant la pratique, nous y avons distingué trois aspects : la « forme corporelle » (xing), les « souffles vitaux » (qi) et la « pensée créatrice » (yi). Nous allons nous intéresser ici aux méthodes portant sur ces différentes dimensions, ainsi que sur le travail à deux, pour en comprendre l’intérêt et le sens.

Le travail sur la « forme corporelle » (xing) vise à se repérer dans l’espace (axes et cercles) et à développer une coordination motrice fondée sur l’idée que le mouvement, la tonicité et l’efficacité reposent fondamentalement sur la détente et l’unité du corps plutôt que sur la puissance musculaire et le vouloir. Cette ergonomie du geste aide le pratiquant à dissiper progressivement certaines douleurs chroniques (muscles, tendons, articulations), à tonifier ses muscles et ses tissus profonds, à fluidifier sa circulation sanguine et à faciliter le travail de son système neuromusculaire. Il est possible de la sorte d’améliorer son sens de l’équilibre et sa stabilité, son agilité et sa souplesse, ainsi que la qualités de ses postures, de ses gestes et de sa présence dans ses interactions avec l’autre.

Le travail respiratoire, qui se synchronise progressivement avec les mouvements, améliore l’oxygénation des tissus et des organes, tout en invitant à un travail sur les émotions. Réguler son rythme respiratoire et sa gestuelle aide à apaiser le stress et l’anxiété, à améliorer le sommeil et prévenir les burn-out, au profit d’une présence sereine à soi et à l’autre qui apparaît alors comme une clé pour développer la confiance en soi, l’autonomie dans la prise de décision et la proactivité, ainsi qu’une capacité à gérer l’incertitude et le changement.

Le travail sur l’intentionnalité structurant la vitalité et le sens du geste (yi) permet d’améliorer la concentration, la plasticité cognitive et la perception de soi et des autres. Articulée au mouvement et à la respiration, il invite à une exploration de son propre corps, de son intériorité et de son environnement qui développe à la fois la connaissance de soi et l’attention à la situation vécue. L’aptitude à évaluer une situation, la créativité et la capacité d’innovation peuvent ainsi être stimulées. Se développe progressivement une logique et une éthique moins fondée sur l’application de règles morales ou de schémas d’efficacité préétablis que sur une compréhension de ce qui a tendance, dans le cours de l’action, à nourrir ou entraver le déploiement des ressources vitales.

Les exercices en duo (tuishou, duilianbiwu) ont pour but d’expérimenter l’engagement dans une relation à l’autre, entre collaboration et confrontation pacifique. Les exercices peuvent consister en des poussées et des frappes souples avec les mains ouvertes ou en des techniques simples de massage. Les exercices de collaboration ont pour but d’apprendre à entrer en contact avec l’autre, à se positionner mutuellement et à se synchroniser, à s’entraider, à alternativement mener le mouvement ou à adhérer à celui impulsé par l’autre, à être à la fois à l’écoute de soi et de l’autre. Les exercices de confrontation proposent de dépasser l’effacement, la crainte et la soumission tout autant que l’opposition campée dans la crispation des muscles et du vouloir, pour au contraire établir sa présence, son écoute et sa mobilité en situation de stress et de conflit, alternativement en positions offensive et défensive.

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